Interview

"Ma sorcellerie est plutôt intuitive", interview de l'artiste consciente Natalia Doco

Publié le 13 mars 2019
Je pratique mes rituels à la lune, j'utilise les pierres, les élixirs et je pose mes intentions. Ma sorcellerie est plutôt intuitive. Peut-être que cela me vient d'une autre existence ?
Je pratique mes rituels à la lune, j'utilise les pierres, les élixirs et je pose mes intentions. Ma sorcellerie est plutôt intuitive. Peut-être que cela me vient d'une autre existence ?
© Hugues Anhes

Auteure-compositrice et interprète argentine installée en France depuis sept ans, Natalia Doco est une artiste inspirée et connectée à sa nature profonde. Elle apparaît mi-amazone mi-chamane dans son dernier album et y partage une musique aussi forte que douce, passionnée et humaine. Rencontre avec une magicienne à la voix enchanteresse.

Cet article a été publié dans le magazine FemininBio #21 février-mars 2019

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C’est avec son accent chantant que Natalia Doco répond, enjouée, à nos questions. Son quotidien, longtemps rythmé par la scène et les tournées endiablées, s’est vu bouleversé par l’arrivée de son premier enfant, Santi, âgé de un an aujourd’hui.

Guidée par son intuition et l’écoute de son corps, elle annule sa tournée et décide de s’offrir le privilège de s’émerveiller chaque jour des progrès de son fils. Son énergie, elle la puise dans toutes les formes de spiritualité qui ont guidées son parcours, même si elle ne cache rien de son quotidien "comme tout le monde" face à ses blessures, ses démons et ses peurs.

À travers sa musique, elle se connecte aux éléments et incarne un féminin ancestral et sacré. Natalia Doco nous parle de ses inspirations et de l’intuition, qu’elle convoque pour avancer dans la vie, tantôt jeune fille, maman épanouie, magicienne et sage. Et c’est une femme solaire que nous avons rencontrée.

FemininBio : Vous êtes imprégnée des cultures sud-américaine et française. Quelle alchimie cela crée-t-il en vous ?

Natalia Doco : J’ai passé sept ans en France et sept ans au Mexique, mais je suis bercée par la culture argentine, qui s’est construite sur un inconscient collectif blessé. La plupart des gens qui ont peuplé mon pays natal étaient des exilés, qui furent persécutés, notamment lors des colonies espagnoles. J’amène avec moi tout le pouvoir d’exprimer, de pleurer, de crier, que je ne trouve pas ici.

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Les gens ne parlent pas trop, les sentiments s’expriment peu, tout reste assez caché et cela m’aide à apaiser mon côté dramatique. Vivre en France m’a fait énormément fait de bien et m'a aidé à avancer sur un plan personnel et psychologique. Ma famille aujourd’hui est celle de mon mari, et je sens que ma facilité à toucher, à dire "je t’aime", à m’exprimer sans honte, à ressentir, offre la possibilité de tisser des liens plus honnêtes et ouverts. Je suis dans une quête de vérité que je partage dans mes chansons en parlant aussi de ma noirceur.

Ce monde a besoin de vérité, surtout de la part des artistes qui donnent à penser qu’il faut arriver à cet état pour trouver le bonheur. Mais c’est un mensonge de croire qu’il faut être parfait au lieu d’être humain.

Votre musique est empreinte de spiritualité. Qu’est-ce qui vous guide ?

Depuis toute petite je sens qu’il existe un courant qui peut nous guider vers la vérité. J’ai commencé par le catholicisme puis l’évangélisme, mais l’esprit trop dogmatique m’a fait me tourner vers des religions où Dieu avait plusieurs visages. L'hindouisme, le bouddhisme et les pratiques telles que la méditation, le Ho’oponopono, les Toltèques, les Mayas, les Aztèques.

Puis j’ai découvert le féminin sacré, et je trouve magnifique de m’éveiller à toutes les qualités miraculeuses de la femme, cachées par une idéologie patriarcale. Je me documente actuellement sur la culture ancienne égyptienne, avec Isis et aussi les tarots, les oracles, bref tous les outils à disposition pour développer une perception plus profonde. J’ai découvert qu’il y avait des "écoles des mystères" en Égypte !

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J’ai vu des chamans, pris de l'ayahuasca, mais je n’ai plus besoin de plantes aujourd’hui pour accéder à mon savoir intérieur. Je préfère utiliser les outils de connaissance que j’ai croisés sur ma route. Je ne suis pas un chemin tracé. Je pratique mes rituels à la lune, j’utilise les pierres, les élixirs et je pose mes intentions.

Ma sorcellerie est plutôt intuitive. Peut-être que cela me vient d’une autre existence ?

En parlant d’intuition, quelle part lui laissez-vous dans votre quotidien ?

Malgré une éducation très patriarcale tournée vers l’extérieure, j’ai toujours senti que le plus important venait de l’intérieur. Ce déséquilibre féminin-masculin a longtemps été difficile à vivre. Il n’y avait aucune place pour suivre les projets sans argent ni ambition.

J’ai commis plusieurs erreurs de parcours, mais j’ai quand même réussi à suivre mon instinct et à quitter mon pays pour le Mexique. J’avais 22 ans. Je me sentais protégée par une force supérieure et, depuis, je suis fidèle à ma petite voix intérieure. Pour prendre une décision, je me mets dans un état méditatif et je me visualise dans les deux situations. Mon corps me donne la réponse.

Aujourd’hui personne ne va bien et notre système touche à sa fin, car tout est décidé par le mental. Imaginez une entreprise, un pays, un monde qui prendraient leurs décisions en se basant sur l’intuition et l’empathie, un monde où l’on viserait un succès modéré dans lequel chacun puisse aller bien…

Vous êtes devenue mère il y a un an. Qu’avez-vous envie de transmettre à votre fils ?

La maternité est une expérience transformatrice qui m’amène au plus profond de moi. Elle me permet d’être plus souple, plus flexible. Je souhaitais accoucher naturellement, à la maison, mais j’ai été dépassée par les événements, et rien de ce que j’avais prévu ne s’est réalisé. J’ai passé un long moment à culpabiliser d’avoir échoué à réaliser ce que font toutes les femmes du monde depuis des millénaires. J’ai dû apprendre à accepter.

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J’aimerais transmettre à mon enfant la capacité d’adaptation, le lâcher-prise et la non-résistance à ce qui vient. Je veux lui apprendre à donner le meilleur de lui-même dès qu’une situation se présente. Et, bien sûr, la conscience de l’autre, de la planète, lui montrer la Terre comme un être vivant que l’on doit considérer dans chacune de nos actions. Pour le moment, j’essaie simplement de transmettre une bonne énergie, d’être présente à lui et de modifier mon comportement quand je n’ai plus de patience ou que je suis épuisée. Je respire pour revenir dans l’amour et rentrer dans son monde de découvertes.

Vous incarnez un féminin sacré très actuel. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

En grandissant je n’étais pas consciente de cette part sacrée en nous. J’ai été anorexique, hospitalisée pendant un an, et désormais je m’autorise à grandir sans avoir peur de vieillir. Sur mon petit autel, que je garde depuis l’enfance, je n’ai que des personnages féminins représentés sur mes cartes de tarot. J’en contemple les symboles et je les intègre.

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La femme détient un pouvoir d’alchimiste exceptionnel dont l’énergie est bloquée, car il fut interdit et pourchassé pendant des millénaires. C’est cette énergie que nous pouvons débloquer aujourd’hui par la méditation, la sexualité sacrée, le tantra, etc. Mais je vous rassure, au quotidien je suis une femme très normale qui ne s’habille pas avec des plumes ! Cette femme puissante, c’est mon avatar, que je réveille avec des symboles spirituels. C’est très important que chacune de nous, même les plus sceptiques, en ait conscience, pour réveiller cette force.

Toute mon œuvre artistique est dédiée au féminin, et je le fais consciemment à présent. Quand je chante, je rentre dans un état méditatif avec une certaine énergie qui éveille à ce féminin, même les hommes qui écoutent.

Quel est votre espoir pour notre monde ?

J’adore cette théorie de la psychiatre Jean Shinoda Bolen(1), car c’est la seule qui me laisse l’espoir qu’un changement puisse advenir avant la fin de notre espèce. Selon elle, pour réactiver le féminin sacré, nous devons créer des groupes de femmes. Et c’est lorsque nous arriverons à un certain nombre de cercles que l’énergie de la sororité sera assez forte pour provoquer un saut quantique qui changera le monde de façon radicale.

Je suis convaincue que c’est à travers cet éveil du féminin que nous pourrons sortir du déséquilibre de cette société. Plus les femmes s’éveillent – ce qui se passe en ce moment – plus nous développons nos capacités, plus la répercussion sera forte dans l’inconscient collectif.
Certains jours je suis découragée, et je me demande ce que peut une femme qui s’éveille face à des millions d’entreprises qui creusent les sols et rasent les forêts. Mais la planète nous survivra, elle n’a pas besoin de nous et saura se soigner tant l’Univers est parfait.

(1) Jean Shinoda Bolen est une psychiatre américaine, analyste et auteure, spécialiste des archétypes féminin et masculin.

Le dernier album de Natalia Doco, El Buen Gualicho, est disponible en téléchargement

 

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