Oser vivre sa vie

Changement de vie: le temps du déclic est-il venu?

Publié le 13 janvier 2017 - Mis à jour le 14 janvier 2017
Charlotte Savreux, journaliste et auteur de "L'année du déclic"
Charlotte Savreux, journaliste et auteur de "L'année du déclic"
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Avec son livre L’année du déclic, et si c'était la vôtre ?, Charlotte Savreux nous propose de revisiter le parcours de 50 personnalités dont on ne connait généralement que la face lumineuse. Mais tout n’a pas été si facile pour ces hommes et ces femmes qui se sont réalisés, au-delà même de leurs espérances. Rencontre inspirante pour passer à l’action et construire la vie qui nous ressemble.

Quel point commun entre toutes les personnalités que vous avez rencontrées vous a particulièrement frappée ?
Toutes les personnalités que j’ai rencontrées nous rappellent combien la vie est une aventure avec un grand A, pour tous, sans exception. On imagine toujours que c’est plus facile pour les autres, mais c’est faux ! Tous, nous avons notre lot de réjouissances et notre lot de turbulences. Les moments délicats qu’elles-mêmes ont connus ont été des épreuves certes douloureuses, mais aussi de formidables leçons de vie. Leur talent a été de changer la donne en transformant l’épreuve en expérience, au lieu de s’y arrêter. Pour elles, l’échec a été une opportunité, un formidable tremplin qui leur a permis d’ajuster leur trajectoire et d’arriver là où on ne les attendait pas. Lorsque les choses ne se passent pas telles qu’on les avait imaginées, ce peut être aussi une bonne chose. La vie a souvent plus d’imagination que nous, et d’autres perspectives s’offrent alors à nous.

Savoir accepter l’échec, est-ce une question d’ego ?
Tout à fait. L’ego vit la situation qui lui résiste comme un échec car il ne veut pas perdre. Il  nous fait alors nous accrocher aux branches du passé, sauf qu’en nous mettant en résistance, il nous met aussi en souffrance. Mieux vaut lâcher l’ego et avancer dans le sens du courant de la vie. Avec ou sans nous, la vie continue, alors autant que ce soit avec nous ! Si on accepte de réorienter son regard, une épreuve peut être une formidable chance, celle de rebattre les cartes du jeu de sa vie !

Faire le deuil de certaines étapes de notre vie peut néanmoins faire peur…
La peur est notre ennemi n°1,  elle nous empêche de nous élever. Faire le deuil de ce qui est existant pour évoluer, c’est une manière de s’émanciper. Comme il y a des saisons dans la nature, il y a des saisons dans la vie, et c’est sain de faire bouger les lignes. Nous ne pouvons pas être à 45 ans la même  personne que nous étions à 20 ans. Mais parce qu’on a peur de l’échec, de l’inconnu, du regard des autres et du rejet, on préfère se limiter à un cadre étriqué qui, certes, nous protège, mais qui en vient aussi à limiter notre potentiel et notre vie.

Quelles sont les valeurs qui devraient resurgir dans la société aujourd’hui ?
L’époque dans laquelle nous vivons demande que l’on exprime des valeurs fortes : le courage, la persévérance, le goût de l’effort, le sens de la responsabilité. Certains vivent le courage comme une contrainte, mais c’est formidable d’être courageux, d’avoir de l’audace ! Vivre demande du courage, celui de mettre toute son énergie au service de sa vie, mais quelle plus belle ambition que celle de se réaliser et de réussir sa vie ? N’oublions jamais que le bonheur vient souvent d’un effort surmonté.

N’est-il pas plus facile de dire à postériori qu’une épreuve nous a aidés à avancer ?
C’est ce qu’on appelle le retour sur expérience, et il ne faut pas le craindre. La vie est une salle de classe où l’on apprend tous les jours. Si enfant, nous avons appris à l’école à lire, à écrire, à compter, en devenant adulte, nous faisons l’apprentissage de la vie pour être au mieux dans notre histoire. La vie est un laboratoire pour essayer, tester. Parfois ça marche, d’autres fois pas, et ce n’est pas grave. Il faut l’accepter, cela permet de réajuster sa trajectoire de vie. Une chose est sûre, ne pas expérimenter, c’est refuser de vivre !

Qu’est-ce que le déclic ?
C’est le pas qu’on décide de faire pour passer de l’intention à l’action, pour sortir de sa zone de confort, pour oser. Ce premier pas dépend exclusivement de nous, nous seul l’amorçons. En revanche, sur le cheminement post-déclic, nous ne sommes jamais seuls. La vie s’en mêle. Des rencontres, des opportunités vont se présenter à nous, encore faut-il les saisir ! Coluche disait : « A ceux qui disent ne pas avoir de chance, demandez-leur le nombre de fois où la chance est passée pour rien ». Encore faut-il que notre déclic ait pour impulsion une raison juste, celle qui vient du cœur et animée par une conviction, et non guidée par l’ego ou pas l’esprit de revanche. Il y a le ‘choix bon’, conforté par la validation collective et qui flatte notre ego, et le’ choix juste’ qui relève de l’intime et de notre alignement avec nos désirs les plus profonds.

Vous parlez aussi d’audace et d’espoir…
Lorsque j’ai commencé à écrire ce livre, j’étais beaucoup dans cette notion d’espoir. Mais au fil de mes rencontres, j’ai vite réorienté le cap au profit de l’action, avec comme fil conducteur : espérer moins, agir plus ! Quand on s’inscrit dans une dynamique d’action, on donne du rythme à sa vie et on va ainsi à la rencontre des opportunités, ce que Machiavel appelle « la bonne fortune ». Les politiques nous vendent de l’espoir et de l’espérance à gogo, mais le meilleur moyen d’aider une personne n’est pas de l’assister, de le placer dans un état d’attente, d’espérance et de dépendance, cela revient à l’infantiliser, mais de lui ouvrir l’horizon de perspectives au travers d’un projet et des actions. Ne pas avoir de projet, c’est devenir un ennemi pour soi-même.

A-t-on besoin de liberté aujourd’hui ?
Sans aucun doute ! On a besoin d’aller vers plus de liberté, car la sécurité, si elle est rassurante, n’est en revanche pas épanouissante. Mais la liberté, euphorisante, elle, n’ancre pas. On a donc besoin de trouver un juste équilibre entre ces deux polarités. Le problème, c’est qu’en mettant constamment en avant des informations négatives dans les médias, on en vient à faire peur aux gens et à scléroser toute une société. Or, de l’acceptation à la soumission, il n’y a qu’un pas. Certains l’ont déjà franchi, à leurs dépens, et au profit d’autres qui en tirent les bénéfices. C’est attristant de cheminer dans une forme renoncement et de voir une vie se déliter alors que le potentiel de chacun est immense. Ne pas l’exprimer revient à habiter dans une hutte alors qu’on possède un palais !

Qu’espérez-vous pour 2017 ?
Je crois que les gens ont compris qu’on ne peut pas tout attendre des autres. On va élire un président en mai, mais on sait qu’il n’a pas une grande marge de manœuvre. C’est important d’en avoir conscience car cela va nous obliger à nous responsabiliser individuellement et cela aura un impact positif sur le plan global et sociétal. Il est temps que nous redevenions un peuple adulte et mature.

Vous semblez avoir une vision assez négative de la société française…
Non réaliste ! La société est à l’image des individualités qui la composent. On ne peut pas reprocher à une société d’être sclérosée, passive, ennuyeuse, pessimiste, sans œuvrer soi-même à son niveau, dans le cadre de sa propre trajectoire personnelle. C’est parce que chaque individu changera en étant plus éveillé, plus responsable, plus actif, que le monde s’améliorera. Je crois à la dynamique de groupe, à l’effet boule de neige de l’exemplarité et de la contagiosité.

Seriez-vous en fait une optiréaliste ?
Oui ! Je ne suis pas dans un optimisme niais et béat. Ce que je partage dans le livre, c’est une vision panoramique et réaliste de la vie, au plus proche de la réalité du terrain et du quotidien. Je suis convaincue que nous avons tous, individuellement, un projet qui nous anime, et pour le réaliser, il faut faire en sorte que notre envie soit supérieure à notre peur. C’est certain que si vous regardez le JT de 20h tous les jours, vous risquez d’avorter votre projet avant même de commencer en vous disant : « Oh puis finalement, je ne suis pas si malheureux que ça ». Sauf que le but d’une vie n’est pas de ne pas être malheureux, mais d’être heureux !

Charlotte Savreux est l’auteur du livre L’année du déclic, et si c’était la vôtre ?, paru aux éditions Balland.
 

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