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La joie d'enfant, un trésor sacré à entretenir en nous et nos enfants, avec André Stern

" L'enfant vient au monde telle une bombe de potentiels capable de tout devenir et de tout apprendre, simplement parce que les programmes génétiques qui nous construisent ne savent ni où ni quand nous allons venir au monde. "

Sébastien Blutau
Famille heureuse Joie familiale
Audrey Etner
Par Audrey Etner
le 18 juillet 2021

S’émerveiller devant l’enthousiasme d’un enfant. Admirer sa persévérance et sa détermination. Puis, l’instant d’après, le réprimander pour « mauvaise conduite », lui demander de se comporter « normalement ». Quand, comment et pourquoi perdons-nous cette faculté naturelle de nous connecter à ce qui nous anime ? Pour y répondre, nous avons demandé à André Stern, auteur, notamment, de Tous enthousiastes.


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Magazine FemininBio #35

Cet article a été publié dans le magazine #35 juillet-août 2021
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Il a gardé son « âme d’enfant ». Loin des injonctions et des normes, il s’est construit et instruit seul, en famille, en communauté, loin des barrières et schémas de société. Il est aujourd’hui père de deux enfants, musicien, compositeur, luthier, conférencier, journaliste et auteur.

Fils du chercheur et pédagogue Arno Stern, André partage son expérience, si singulière et pourtant si naturelle, à travers ses nombreux workshops et conférences, ainsi que dans ses ouvrages. Dans cet entretien, nous avons voulu savoir pourquoi la « joie de l’enfance » nous quitte en grandissant, et s’il existe des moyens de s’y reconnecter.

André Stern nous répond, à la lumière de son regard différent qui nous donne accès à un autre paradigme de pensée, prenant toujours l’enfant comme référence. Car, après tout, c’est bien de là que nous venons.

L’origine de nos souffrances

Voilà plus d’un an que nous traversons une période si marquante de notre histoire que nous sommes nombreux à avoir peu à peu perdu un essentiel, notre joie de vivre. Mais où l’avait-on placée, dans le « monde d’avant » que chacun appelle de ses vœux ? Dans la roue infernale de nos emplois du temps chargés, nous vivions des moments de joie éphémères pour ensuite retourner à la dureté du quotidien. Fallait-il nous enfermer chez nous pour nous confronter à la réalité de nos vies et nous inscrire dans une recherche plus profonde de bonheur ?
D’où naissent nos souffrances ? Pourquoi ne sommes-nous pas joyeux en permanence ?

Pour répondre à ces questions, André Stern commence par redéfinir ces termes que nous mélangeons par abus de langage. Selon lui, la joie est plus éphémère et subjective que l’enthousiasme, qui peut nous porter une vie durant et nous emmener vers des états éloignés de la joie. « Quand on voit les efforts incroyables que nous amène à fournir un enthousiasme qui nous a pris aux tripes, on se rend compte qu’il y a autre chose que la joie. Il y a ce feu sacré, qui génère la joie mais pas seulement. À l’inverse, il est difficile de ressentir la joie sans enthousiasme. »

Travail et plaisir, les frères ennemis

L’image d’un tel enthousiasme nous ramène forcément à l’enfance, ses découvertes, sa légèreté de vivre, et ses jeux perpétuels. On pourrait songer qu’en grandissant il nous faut sortir du plaisir pour travailler. « Nous avons confondu jeux et divertissement, qui n’ont rien à voir , répond André Stern, nous nous distrayons de l’absence de sens de nos vies. » Il l’explique par le fossé infranchissable que notre société a bâti entre travail et plaisir. « Nous avons rendu notoire que le travail est associé à l’effort et donc au déplaisir. Or, la bonne équation est : enthousiasme = effort = plaisir ! »

Le culte de l’effort

« Après l’effort, le réconfort. » Derrière cette célèbre maxime se cache une absurde et terrible réalité ; nous avons classé ces notions sur une échelle de valeurs, plaçant tout en haut la valeur travail et en bas de l’échelle le jeu libre, pourtant essentiel à la construction de l’adulte en devenir, ainsi que nous l’explique André Stern.

« Nous avons tourné le dos à nos enthousiasmes individuels pour nous focaliser sur des choses que nous tous, en tant que société, déclarons dignes du développement humain, au détriment de ce vers quoi nous porte notre cœur », poursuit-il. « Sans enthousiasme, nous sommes privés de l’énergie qui permet de ne pas subir mais de désirer l’effort lié à ce qui nous passionne et nous donne de la joie. » Voilà ce qui nous pousse à un culte de l’effort afin de rendre acceptable la perte de joie ! Une aberration d’autant plus notable que pour André Stern tout effort ressenti est suspect.

«Tous les systèmes du vivant économisent au maximum leur énergie. Nous sommes les seuls à consommer autant, face à la “loi de la moindre résistance” qui fait que les millions de tonnes d’eau d’une rivière choisissent toujours le sable plutôt que la roche. »

L’enfant blessé en nous

Nous grandissons donc dans une division perpétuelle avec ce qui nous fait vibrer, et ce dès la naissance, passant d’un monde uniforme à une fragmentation de notre être.

Une notion explicitée par André Stern à travers de nombreux exemples dont nous retiendrons le plus marquant.

Si vous êtes parent, on vous a forcément posé la question « Alors, il.elle fait ses nuits ? », au sujet de votre nourrisson. Or il est désormais établi qu’un nouveau-né qui fait ses nuits, ça n’existe pas ! Et s'invite donc l’injonction inconsciente : « Je t’aimerais davantage si tu dormais toute la nuit. » « Cela crée une blessure définitive en nous et le désir d’autre chose que SOI, MAINTENANT, alors que rien d’autre n’existe », conclut le musicien.

Petit adulte face à l’enfant géant

La suite de notre discussion bouleverse l’ordre établi du grand adulte dominant face au petit enfant dominé. « En réalité il n’y avait pas de raison de nous éloigner de notre nature d’enfant car elle est impressionnante de perfection, explique André Stern. On sait désormais que le développement de l’humain se fait à l’envers. L’enfant vient au monde telle une bombe de potentiels capable de tout devenir et de tout apprendre, simplement parce que les programmes génétiques qui nous construisent ne savent ni où ni quand nous allons venir au monde. Ne sachant pas de quels potentiels nous aurons besoin, nous sommes équipés de tous les potentiels humains possibles. L’enfant est donc un géant des potentiels. »

Suivant ce raisonnement, nous élaguons tout au long de notre vie les potentiels non sollicités dans ce qu’André qualifie d’« hémorragie », laquelle mène à… un adulte. « Face à l’enfant, ce géant, nous sommes l’ombre de ce que nous aurions pu devenir. » Et pour l’adulte, accepter qu’il n’est pas le supérieur de l’enfant est dur à avaler !

>> A lire aussi : Joie et enfance : rituel d'enthousiasme à pratiquer en famille

Le chemin de la joie

Retrouver le chemin de la joie, voilà ce à quoi nous aspirons aujourd’hui. « Tout ce qui nous intéresse nous rend excellents, géniaux et indispensables pour le monde. La salutogenèse, qui génère la santé (l’inverse de la pathogenèse), est l’état de l’enfance par excellence. C’est cette impression que le monde me change et que je change le monde. L’inverse de la sensation que nous avons tous et qui nous fait souffrir du “quoi que je fasse rien ne change ” », partage André Stern.

Face à l’enfant blessé universel que nous portons tous en nous, André Stern nous explique que l’amour ne suffit pas, car il est toujours exprimé de manière conditionnelle. « Nous avons besoin d’entendre “je t’aime parce que tu es comme tu es”, mais cela ne peut se faire que dans le non-verbal. Il s’agit de le donner à ressentir, et de permettre d’accéder à ce port d’attache non géographique où l’on n’a ni besoin de changer, ni d’évoluer pour être aimé. Le dire à un enfant, c’est le communiquer à l’enfant blessé en nous, et vivre cette confiance inconditionnelle qui change toute une vie en un instant. »

Son prochain livre :

Les rythmes et rituels de l'enfant, aux éditions Marabout

Les rythmes et rituels de l'enfant, à paraître le 25 août 2021, aux éditions Marabout.

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